Par Pierre
Amateur et collectionneur de vin.
29/09/2025

Par Pierre
Amateur et collectionneur de vin.
29/09/2025
Routes de tapas, soleil qui claque, chemins de vignes à perte de vue… L’Espagne se déguste aussi par son bitume. Du nord verdoyant aux plaines andalouses, chaque route des vins raconte un accent, un climat, une table. Voici cinq itinéraires qui donnent envie de lever le coude – avec style et curiosité.
On entre par Laguardia, village médiéval posé sur ses caves souterraines, on file vers Haro et son « quartier des bodegas ». Ici, la tradition du Tempranillo croise l’audace architecturale: chais futuristes d’un côté, vieilles barriques de l’autre. Les paysages? Vignes ondulantes, Sierra de Cantabria en toile de fond.
Quelques arrêts pour rythmer la journée:
Résultat dans le verre: rouge soyeux, souvent épicé, parfois tendre, parfois plus sérieux. Parfait pour la table.
Cap à l’est, le long du Duero. Le château de Peñafiel surgit comme un navire de pierre, sentinelle des vignes. Ici, le Tinto Fino (cousin du Tempranillo) aime le soleil du jour et la fraîcheur de la nuit. Les vins sont profonds, avec une colonne vertébrale ferme, taillés pour l’agneau rôti et les braises d’asador.
Faites halte à Aranda de Duero: la ville cache un réseau de caves sous ses rues. Un voyage dans le temps, verre en main.
Route étroite, terrasses vertigineuses, schistes noirs qui brillent au soleil: le Priorat impressionne. On parle de « llicorella », une pierre sombre qui emmagasine la chaleur et donne aux vins un côté profond, presque fumé. Gratallops, Porrera, Scala Dei: des villages minuscules, des rouges concentrés, des blancs de caractère. En voisin, Montsant offre une lecture plus accessible, tout en énergie.
Cap au nord-ouest, Galice iodée. Ici règne l’Albariño: blanc frais, citronné, qui adore les fruits de mer. La route serpente entre baies et brumes légères. Cambados comme point d’ancrage, O Grove pour les huîtres, et ces pergolas où pendent les grappes au-dessus des chemins. Un accord presque trop simple: poulpe à la galicienne, gorgée d’Albariño, coucher de soleil.
Jerez de la Frontera, El Puerto de Santa María, Sanlúcar de Barrameda: trois villes, un même ballet. Les chais ressemblent à des cathédrales. On y élève des vins sous « flor », un voile de levures qui protège et parfume. Résultat: Fino droit comme un fil, Manzanilla saline, Amontillado plus ambré. Entre deux visites, poussez la porte d’un tabanco: bar à vins local, guitare qui claque, verres à pied qui tintent.
Deux ou trois domaines par jour suffisent. Réservez, goûtez, crachez si vous conduisez. Le printemps et l’automne offrent des lumières superbes, moins de foule. Et si l’envie persiste, prolongez vers le Penedès (bulles festives) ou le Somontano (au pied des Pyrénées). Sur ces routes, on ne coche pas des cases: on collectionne des souvenirs. Le meilleur GPS reste la curiosité.